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Bénin, la longue marche vers une agriculture moderne

 Bénin, la longue marche vers une agriculture moderne

L’ananas stocké à Sèmè Podji exporté vers le Nigeria (échanges informels)

L’agriculture béninoise n’a jamais cessé de se réinventer. En plus de soixante ans, elle a traversé des phases de rupture, d’audace et parfois d’échec, mais toujours avec une constante : nourrir la population, développer les territoires et soutenir l’économie nationale…

Bidossessi Oslo WANOU

Au lendemain de l’indépendance, le Dahomey se contentait d’un modèle agricole hérité de la colonisation. Le coton assurait les recettes, les cultures vivrières la survie. Les exploitations sont petites, les rendements faibles, les techniques rudimentaires. On expérimente quelques structures d’encadrement, mais l’État intervient peu. C’est l’époque des premiers pas, où la priorité est d’éviter les famines plutôt que de conquérir les marchés. L’agriculture béninoise était un géant endormi : vaste, riche en potentiel, mais paralysée par le manque d’investissement et de vision stratégique. Mais une ère de changement en 1972. Le régime révolutionnaire dans son ambition de  moderniser le pays, a transformé l’agriculture en un terrain d’expérimentation politique.  Le Bénin a lancé de nombreux projets agricoles ambitieux, mais beaucoup n’ont pas atteint leurs objectifs en raison de problèmes structurels de conception, de mise en œuvre et de gouvernance. Les filières d’exportation ont été mobilisées, des sociétés publiques créées (SONAPRA, SODECO, SEDA, SODEVA) avec la généralisation des coopératives. De grands périmètres irrigués sont aménagés. Ambition, contrôler la production, sécuriser les exportations, structurer le vivrier. Mais pendant que coton progressait, l’État s’essoufflait avec la mauvaise gestion, des charges lourdes, des infrastructures faibles. L’orientation vers une agriculture industrielle contraste avec des réalités locales qui nécessitent des approches plus inclusives. Le manque d’adaptation des équipements : les machines importées, mal calibrées pour les sols béninois, soulignent l’absence d’une réflexion contextuelle approfondie.

Les structures publiques mises en place après l’indépendance, comme les sociétés de développement du coton ou du palmier à huile (1960-1975), ont souffert de problèmes de gouvernance et d’efficacité. Certaines usines de transformation, par exemple dans la tomate ou l’orange, ont été abandonnées faute d’étude préalables solides, de cadre durable ou d’implication locale.

 1990–2006,  l’ouverture libérale et la recomposition du secteur

La Conférence nationale de 1990 marque le tournant pour un renouveau. Le Bénin entre dans l’économie de marché, et l’agriculture se libéralise. On assiste à la privatisation progressive des sociétés d’État, des réformes de la filière coton, l’arrivée des opérateurs privés, mise en œuvre de projets internationaux (PDRT, PADSE, PAFICOT, PNASA, PSRSA) qui ont induit une transforme transformation du paysage agricole.  Par effet de levier, la productivité a augmenté, la diversification est devenu une réalité : ananas, anacarde, riz, élevage. Le conseil agricole se décentralise, les producteurs gagnent en autonomie. Mais une question persiste, comment sortir de la dépendance au coton, toujours dominant ? L’ouverture a amélioré le rendement et la gouvernance, mais la vulnérabilité face aux cours mondiaux est demeurée. En 2006, l’agriculture béninoise a amorcé une nouvelle dynamique. Les filières porteuses bénéficient d’investissements ciblés. Le Programme National d’Investissement Agricole (PNIA) structure les interventions, tandis que différents programmes soutiennent l’élevage et les cultures stratégiques. L’accès aux intrants et à la mécanisation était devenu aisée avec le développement des marchés régionaux, notamment au sein de la CEDEAO. L’ananas béninois a commencé à se faire un nom, l’anacarde a gagné du terrain et le riz local est valorisé. Mais d’un programme à un autre, d’un projet à l’autre, il s’est posé des défis de capitalisation. Les nombreux programmes des indépendances à nos jours semblent enfermer le pays dans un cycle d’éternel recommencement.

Entre ambitions, ruptures et échecs répétés

Depuis l’indépendance, le Bénin a multiplié les initiatives pour moderniser son agriculture, secteur vital employant plus d’un tiers de la population active. Pourtant, nombre de projets mis en œuvre depuis 1960 ont connu des résultats mitigés, voire des échecs retentissants, souvent pour des raisons structurelles liées à la gouvernance, au financement et à l’adaptation aux réalités locales. Dans les années 1960, les premières politiques agricoles visaient à améliorer les rendements grâce à la création de centres d’expérimentation et de coopératives rurales. Faiblement dotés en moyens, ces dispositifs n’ont pas réussi à transformer substantiellement la productivité. La période révolutionnaire (1972–1990), elle, est marquée par la création de grandes sociétés publiques telles que SONAPRA, SODEVA ou SEDA, chargées de piloter les filières coton, palmier ou vivrier. Si certaines avancées ont été notées, notamment dans le coton, ces structures étatisées ont souffert d’une gouvernance lourde, de dettes chroniques et d’un manque d’efficacité, menant à leur fragilisation progressive. Avec la libéralisation des années 1990, le pays s’appuie sur des projets financés par les bailleurs de fonds, tels que le PDRT, le PADSE ou le PAFICOT. Bien qu’ils aient permis des progrès ponctuels, ces programmes ont souvent manqué de durabilité, faute d’appropriation par les acteurs locaux et en raison de la dépendance envers les financements extérieurs. Dès 2006, plusieurs projets phares ont été lancés pour encourager la transformation agroalimentaire : les usines de tomates de Kpomassè, d’ananas d’Allada ou d’oranges de Zakpota. Mal planifiées, peu viables économiquement et dépourvues d’une chaîne de production solide, plusieurs de ces unités ont été abandonnées ou mises en concession. Depuis 2016, malgré la modernisation du secteur, certaines initiatives ont également mal fonctionné. Le projet CUMA, importé du modèle français de mécanisation partagée, a peiné à s’adapter aux réalités socio-économiques rurales. Le PADEFA-ENA pour dynamiser la filière anacarde, avance lentement, tandis que des contraintes de commercialisation freinent les filières soja et cajou. Ces échecs répétés montrent que la réussite agricole béninoise dépend moins de la multiplication des projets que de la capacité à concevoir des initiatives adaptées, participatives, durables et fondées sur une analyse rigoureuse des réalités du terrain. Par ailleurs, certains défis structurels poussent à l’échec. L’accès à la terre reste problématique avec de forts bradages dans certaines zones.  La gestion des ressources naturelles est parfois inefficace, et l’exode rural des jeunes affaiblit la base paysanne. Les tensions politiques internes, comme les rivalités entre gouvernements successifs (notamment entre les administrations de Yayi Boni et Patrice Talon), ont aussi fragilisé les filières. Chaque quinquennat réinitialise les priorités, sans continuité durable. La Société nationale de la mécanisation (SONAMA) peine à générer des changements profonds, malgré l’arrivée de machines de Labour, de désherbage et de graines sélectionnées.

 2016 : un renouveau ambitieux et leadership cotonnier

À partir de 2016, sous la présidence de Patrice Talon, le Bénin a amorcé une refonte de sa politique agricole avec des programmes plus structurants, plus territorialisés et plus pragmatiques. L’État a mis en place des Agences Territoriales de Développement Agricole (ATDA), qui organisent le pays en zones agricoles spécialisées selon des productions phares. Cette structuration a permis de mieux aligner les projets sur les réalités locales, d’encourager les filières compétitives et d’améliorer l’encadrement des exploitants. Dans cette dynamique, le gouvernement a institué un Fonds National de Développement Agricole (FNDA) pour pallier le manque chronique d’accès au crédit que subissent les petits producteurs. Cet instrument facilite l’investissement, l’achat d’intrants et l’accès à la transformation. Par ailleurs, la recherche agricole a été revalorisée : des décisions en conseil des ministres renforcent les capacités scientifiques et favorisent le transfert de technologies vers le terrain. L’éducation agricole n’est pas en reste : la création d’un premier lot de trente lycées agricoles témoigne de la volonté de professionnaliser l’agriculture dès la base. Mais le symbole le plus fort de cette dynamique reste la filière cotonnière. Depuis la campagne 2018-2019, le Bénin est devenu premier producteur de coton en Afrique, un statut confirmé sur plusieurs années. Selon des données du gouvernement, la production cotonnière est passée de 269 222 tonnes en 2015–2016 à plus de 678 000 tonnes en 2018–2019, soit une augmentation de 123 % en volume.  Les performances se sont maintenues : la campagne 2019-2020 a atteint plus de 714 000 tonnes.  Pour la saison 2023-2024, elle est estimée à près de 700 000 tonnes, consolidant la place du Bénin comme leader agricole régional.  Cette réussite s’explique en partie par des réformes structurelles : la gestion de la filière coton a été rétrocédée aux producteurs via l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC), ce qui a amélioré l’efficacité et l’appropriation locale.  L’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB) joue également un rôle central, notamment à travers son Centre de Recherche Coton-Fibres, développant des intrants de qualité et optimisant les itinéraires techniques.  Ce leadership cotonnier est stratégique non seulement pour l’agriculture, mais aussi pour l’économie nationale : la filière coton contribue significativement aux recettes d’exportation, au PIB et à l’emploi rural.  L’État, pour sa part, a supprimé certaines subventions directes tout en maintenant un cadre favorable à l’investissement, ce qui rend le modèle plus durable et moins dépendant de l’aide publique. Depuis 2016, la dynamique a permis à des produits comme l’ananas béninois de conquérir le marché chinois. Depuis quelques années, c’est les grosses attractions au cœur de nombreuses foires•

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