Finance publique, la performance fiscale au service de la souveraineté économique
Nicolas Yenoussi, Directeur Général des Impôts du Bénin
Dans un contexte de recherche accrue de souveraineté économique, le Bénin s’illustre comme un modèle de gouvernance budgétaire en Afrique de l’Ouest. A travers des réformes stratégiques, le pays opère une transformation en profondeur des régies financières (Impôts, Douane et Trésor public) avec pour objectif de financer les politiques publiques avec les ressources internes et réduire la dépendance extérieure.
Félicienne HOUESSOU ✍
Au Bénin, les régies financières ont été restructurées, professionnalisées et dotées d’outils numériques de pointe. Cette marche vers la liberté économique passe par l’adoption d’outils numériques avancés ayant permis au pays de simplifier les déclarations fiscales et douanières, de réduire les délais et de limiter les contacts physiques, combattant ainsi la fraude et la corruption.
Des résultats probants
De la digitalisation des procédures à l’application de la valeur transactionnelle, l’administration a mis en place des processus plus clairs et des contrôles renforcés pour restaurer la confiance des contribuables et des opérateurs économiques. Les résultats de cette transformation sont éloquents.
En juillet, le ministère de l’Économie et des Finances a publié, le 31 mars 2025, les chiffres relatifs à la mobilisation des recettes budgétaires pour l’année 2024. Selon ces données, les recettes totales, incluant les dons, se sont établies à 499,3 milliards FCFA à fin mars 2025. Cette hausse s’explique avant tout par une solide performance des recettes fiscales, qui ont atteint 443,9 milliards FCFA, en hausse de 12 % par rapport au premier trimestre 2024.
La Direction Générale des Impôts (DGI) sous le leadership de son Directeur General, M. Yenoussi Nicolas, a considérablement renforcé ses systèmes fiscaux. Ainsi, les recettes fiscales intérieures ont enregistré une progression moyenne de 12,7% passant de 911,44 milliards FCFA en 2022 à 1.156,31 milliards FCFA en 2024. La DGI a enregistré une progression notable avec 1 156,3 milliards de FCFA collectés, à fin mars 2025. Cette bonne performance de l’Administration fiscale s’explique par les multiples réformes qui ont été engagées à partir de 2016, axées notamment sur la digitalisation des procédures fiscales, l’amélioration des services fournis aux contribuables, la dynamisation des contrôles et l’élargissement de l’assiette fiscale.
Au nombre de ces réformes figure la mise en place du Système intégré de gestion des impôts du Bénin (SIGIBé). Inspiré des meilleures pratiques internationales, il est doté de multiples fonctionnalités dont l’immatriculation des personnes physiques à l’Identifiant fiscal unique (IFU), la télé-déclaration et le télé-paiement de l’impôt, la gestion de comptes bancaires, l’authentification de documents fiscaux et, depuis peu, l’enregistrement des actes en ligne.
L’autre réforme fiscale majeure qu’il convient d’évoquer, c’est la refonte du code général des impôts (CGI) adopté en décembre 2021, en remplacement de l’ancien code. Par ailleurs, la réforme de la facturation électronique normalisée a permis à l’administration de limiter les cas de fraude pendant les transactions commerciales, et de sécuriser les recettes fiscales. La DGI a également mis en œuvre des réformes liées au paiement par téléphonie mobile de plusieurs impôts et taxes, au renforcement de la législation sur les prix de transferts, à la dématérialisation des actes tels que l’attestation de régularité fiscales en ligne, à la déclaration conjointe CNSS-DGI sur un même formulaire, au paiement en ligne de l’Acompte d’impôts assis sur Bénéfice de 5%, etc.
« Chaque franc recouvré est un acte de souveraineté », confie un cadre de la Direction générale des Impôts (DGI).
La Direction générale des douanes (DGD) a réalisé une collecte de 722,3 milliards de FCFA au terme du premier trimestre 2025. Avec un taux d’exécution de 102,8 %, cette performance s’explique par un renforcement des dispositifs de surveillance aux frontières, la mise en place des systèmes électroniques de dédouanement et de traçabilité des flux logistiques réduisent la fraude et les lenteurs, tout en stimulant les échanges sous-régionaux. En comparaison avec l’année 2023, où les recettes douanières s’élevaient à 628,57 milliards de FCFA, la hausse de 93,74 milliards de FCFA illustre l’efficacité des nouvelles stratégies mises en place. Depuis novembre 2020, les opérations de pré-dédouanement et de dédouanement sont entièrement fonctionnelles. Désormais le Bénin dispose d’un programme national des Opérateurs Economiques Agréés (OEA) avec des sociétés déjà certifiées OEA telles que : SOBEBRA, DHL INTERNATIONAL et EREVAN. L’ambition est de faire de l’administration douanière l’une des plus modernes de la sous-région. Ainsi à partir de 2017, les réformes entreprises ont permis de renforcer les dispositifs de lutte contre la fraude et favoriser la facilitation des services aux usagers tout en améliorant le climat des affaires.
La Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique (DGTCP) a collecté 112,4 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 112,7 % par rapport aux prévisions annuelles fixées à 99,76 milliards de FCFA. Bien que ces résultats soient encourageants, ils restent inférieurs à ceux de 2023, où les recettes atteignaient 188,4 milliards de FCFA.
En 2025, les recettes fiscales et douanières ont connu une croissance impressionnante de plus de 12 %. De plus, le taux de couverture des dépenses par les recettes internes a dépassé les 80 %, témoignant d’une gestion budgétaire saine et efficace. Cette embellie traduit les effets positifs des réformes engagées depuis 2016, notamment l’élargissement de l’assiette fiscale, la simplification et la digitalisation des procédures, ainsi que l’amélioration du management au sein des régies financières.
Le bilan montre des changements organisationnels importants, des réformes enclenchées et des investissements dans la technologie, les données et dans la formation qui améliorent et rendent plus performante. Au cœur de cette transformation : une volonté affirmée de renforcer les capacités institutionnelles et d’adopter des approches modernes. « La performance des régies n’est plus un objectif administratif, c’est un projet de souveraineté », explique un haut fonctionnaire du Trésor.
La modernisation des régies transforme le rapport entre l’État et les citoyens
Les embellies notées ces dernières années s’accompagnent d’une nouvelle conception de la gestion publique. La performance n’est pas seulement quantitative : elle repose sur la qualité du service, la relation avec le contribuable et la transparence des opérations. Les agents sont désormais évalués selon des indicateurs de résultats et non plus uniquement sur le volume de recettes.
Chaque régie fonctionne aujourd’hui avec un tableau de bord stratégique, un système de reporting et un dispositif d’audit permanent. « Nous passons d’une administration de moyens à une administration de résultats », souligne un responsable de la Douane. La modernisation des régies ne se limite pas à l’efficacité technique : elle transforme le rapport entre l’État et les citoyens. Car, la fiscalité devient un outil de confiance mutuelle.
Grâce à la simplification des procédures, à la digitalisation et à la communication proactive, le contribuable est désormais un partenaire du développement, non un simple redevable. Les campagnes de sensibilisation, les applications mobiles et la dématérialisation des démarches participent à une nouvelle culture : payer l’impôt, c’est participer à la souveraineté•
