Grand débat, l’État fort ou le marché libre ?
Wilfrid Monnou, Directeur de publication d’ECOBENIN, et Casmir Kpédjo, Directeur de publication de La Nouvelle Économie
Le plateau du magazine ECOBENIN a été le théâtre d’une confrontation intellectuelle passionnante cette semaine, opposant deux figures de l’économie béninoise sur la question fondamentale du modèle de développement. Wilfrid Monnou, Directeur de publication d’ECOBENIN, et Casmir Kpédjo, Directeur de publication de La Nouvelle Économie, ont débattu de la nécessité d’un État fort et interventionniste face aux mérites d’une économie ouverte et libérale.
FELICIENNE HOUESSOU ✍
L’État stratège : planification et protection
Wilfrid Monnou a défendu avec vigueur la nécessité d’un État planificateur et régulateur pour construire une prospérité collective. « Le marché seul ne crée pas la prospérité collective. L’État doit orienter les investissements, protéger les secteurs stratégiques et garantir l’équité territoriale », a-t-il martelé.
S’appuyant sur les exemples réussis de la Corée du Sud ou du Rwanda, où la planification étatique a servi de catalyseur à l’industrialisation, M. Monnou estime que le Bénin doit investir massivement dans des secteurs clés comme l’agriculture, la logistique et l’énergie, acceptant une forte présence publique pour ce faire. Son principal argument est le risque du « tout-libéral » : la fragilisation du tissu local et la domination par les importations.
Marché libre, entre innovation et concurrence
Face à lui, Casmir Kpédjo a plaidé pour une vision centrée sur la libre entreprise et la concurrence. Selon lui, le rôle de l’État doit être de fixer les règles du jeu, et non de jouer à la place des acteurs. « Quand il s’impose partout, il étouffe l’innovation », a-t-il déclaré.
M. Kpédjo a pointé du doigt les effets pervers d’une trop grande intervention étatique, citant les lenteurs administratives, la dépendance aux subventions et les distorsions de marché. Il a insisté sur le fait que le secteur privé béninois doit être le véritable moteur de la croissance. Il a résumé sa position par une formule choc : « L’État stratège, oui. L’État entrepreneur, non », appelant à une fiscalité simplifiée et à des Partenariats Public-Privé (PPP) mieux équilibrés.
Vers un « Modèle béninois » d’équilibre
En conclusion, le modérateur a su synthétiser les deux positions : « L’un veut un État bâtisseur, l’autre un État arbitre. Et si le Bénin avait besoin des deux ? »
Les deux économistes se sont accordés sur ce point d’équilibre : l’avenir du pays repose sur une synergie entre l’intervention publique et le dynamisme privé. Il s’agirait de bâtir un État stratège capable d’orienter sans étouffer, travaillant de pair avec un secteur privé responsable, apte à transformer la croissance en emplois durables.
« Le vrai défi n’est pas d’être libéral ou interventionniste », a conclu Casmir Kpédjo, « mais de bâtir un modèle béninois de développement », reconnaissant ainsi que la solution réside dans une formule hybride et adaptée aux réalités nationales•
