Le Bénin finance le développement sans s’asservir
Des infrastructures de qualité pour une économie de base plus performante (Marché Tokplégbé, Akpakpa, Cotonou, Bénin)
Alors que l’accès aux financements se resserre et la dette pèse de plus en plus sur les orientations nationales des économies africaines, le Bénin avance avec pour promesse de “financer son développement sans dépendre”.
Sylvestre TCHOMAKOU ✍
Cette posture s’inscrit dans la conviction selon laquelle, un État peut investir massivement tout en préservant sa marge de manœuvre, s’il adopte une discipline de gestion et une vision claire de ses priorités. Ainsi, sous l’impulsion de Romuald Wadagni, l’administration financière béninoise met, depuis quelques années, un point d’honneur sur la diversification des sources de financement, l’optimisation de la mobilisation interne, et les recours à l’endettement uniquement pour les projets capables de transformer l’économie. Autrement dit, « le Bénin emprunte non pour consommer, mais pour transformer ».
Depuis 2021, cette doctrine s’illustre notamment à travers les eurobonds verts et sociaux émis sur les marchés internationaux. Ainsi, le Bénin continue d’obtenir des conditions de financement attractives, tout en stabilisant son ratio d’endettement à 51,5 % du PIB, un niveau inférieur à la moyenne régionale. Au 30 juin 2025, l’encours de la dette publique du Bénin s’établit à 7 303,2 milliards FCFA (12,4 milliards USD), selon les données officielles. « La souveraineté, c’est la capacité d’emprunter pour ses propres priorités », confie un économiste de la CEDEAO, résumant l’état d’esprit qui sous-tend cette trajectoire.
Des régies financières transformées et performantes
La solidité du modèle béninois repose aussi sur la hausse de la mobilisation des recettes internes avec les impôts, la Douane et le Trésor. Grâce au dynamisme insufflé par la dextérité du ministre d’État Romuald Wadagni, les régies financières du Bénin assurent désormais plus de 80 % des recettes du budget national. Digitalisation accélérée, lutte renforcée contre la fraude, traçabilité des flux et optimisation des procédures ont permis de consolider la mobilisation interne. Cette autonomie accrue limite la vulnérabilité vis-à-vis des bailleurs internationaux et rend possible une politique budgétaire recentrée sur les priorités nationales. Les ressources mobilisées servent à renforcer les secteurs nécessaires pour une croissance inclusive et durable.
Une inspiration pour le continent africain
Que révèle cette trajectoire pour l’Afrique ? À n’en point douter, le message n’est autre qu’il est possible de lever des capitaux sur les marchés internationaux tout en contrôlant sa dette, de financer la modernisation sans diluer sa souveraineté, et de bâtir une crédibilité durable sur la base d’indicateurs vérifiables.
Le modèle béninois est souvent cité dans les cercles économiques continentaux. Il illustre la capacité du pays à croire en ses institutions, à capitaliser sur sa jeunesse et à affirmer sa vision du développement.
« Financer sans dépendre, c’est l’avenir de l’Afrique souveraine », résume une analyse récente. Un slogan qui dépasse le registre politique pour s’inscrire dans un mouvement de fond, notamment celui des États africains qui reprennent le contrôle de leur trajectoire économique•
Les 4 piliers du financement intelligent béninois
- Transparence des opérations
Le Bénin, contrairement à bien de pays, s’est montré responsable et ambitieux au cours des dernières années. Chaque opération financière (eurobonds, prêts concessionnels, financements directs) s’accompagne de rapports d’allocation et d’impact. Les données sont publiées et vérifiées par des tiers. Cette transparence renforce la confiance des investisseurs et soutient le profil financier du pays.
- Endettement ciblé sur des projets productifs
L’État privilégie les investissements avec un rendement économique et social mesurable. Routes structurantes, électrification, écoles modernes, hôpitaux réhabilités, infrastructures hydrauliques… Les emprunts ne servent ni au fonctionnement ni à la charge courante, mais à la transformation durable.
- Mobilisation accrue des recettes internes
Réformes fiscales, digitalisation, réduction des fuites, suivi renforcé des contribuables. Le Bénin finance de plus en plus son développement par ses ressources propres, limitant ainsi les aléas extérieurs. Les régies assurent une part majoritaire des recettes du budget, un fait rare dans la région.
- Évaluation de l’impact économique et social
Les investissements publics sont suivis par des indicateurs précis : création d’emplois, amélioration des services, croissance locale, inclusion territoriale. Cette culture du résultat permet d’ajuster les politiques et d’orienter les financements vers les projets à plus fort impact.
