Bénin, la réforme budgétaire qui change tout
Romuald Wadagni, Ministre d’État en charge de l’Économie et des Finances et de la Coopération
Pendant longtemps, le budget de l’État a été perçu comme un simple tableau de chiffres : des lignes de dépenses, des chapitres, des montants à consommer. La gestion budgétaire par programme (GBP) vient rompre avec cette logique comptable pour installer une approche résolument orientée vers les résultats et la performance.
D’un budget de moyens à un budget d’objectifs
La gestion budgétaire par programme consiste à organiser le budget de l’État non plus autour des structures administratives, mais autour de programmes correspondant à des politiques publiques clairement identifiées. Chaque programme poursuit des objectifs précis, mesurables à l’aide d’indicateurs de performance, et dispose de moyens financiers cohérents avec les résultats attendus.
Autrement dit, l’État ne se demande plus seulement combien il dépense, mais surtout pour quoi faire et avec quels effets concrets pour les citoyens.
Les piliers de la gestion par programme
La réforme repose sur quelques notions clés :
Le programme : un ensemble cohérent d’actions concourant à un même objectif de politique publique (par exemple améliorer l’accès aux soins ou renforcer la sécurité routière).
Le responsable de programme : un gestionnaire clairement identifié, comptable des résultats obtenus.
Les objectifs : ils traduisent les priorités stratégiques de l’État.
Les indicateurs de performance : ils permettent d’évaluer l’efficacité, l’efficience et la qualité de l’action publique.
Cette architecture donne une lisibilité nouvelle au budget et facilite le suivi de l’action gouvernementale.
Une exigence de transparence et de redevabilité
Avec la gestion par programme, le vote du budget par le Parlement ne porte plus uniquement sur des crédits, mais sur des engagements de résultats. À la fin de l’exercice, la loi de règlement permet de comparer ce qui était prévu avec ce qui a été effectivement réalisé. Les écarts sont analysés, expliqués et, en principe, corrigés.
Cette logique renforce la redevabilité des gestionnaires publics et améliore la transparence vis-à-vis des citoyens et des partenaires techniques et financiers.
Une réforme au cœur des standards internationaux
La gestion budgétaire par programme s’inscrit dans le cadre des directives de l’UEMOA et des standards internationaux de finances publiques modernes. Elle rapproche le Bénin des meilleures pratiques en matière de gouvernance budgétaire, tout en répondant à une exigence simple : faire mieux avec les ressources disponibles.
Plus qu’une technique, une nouvelle culture de gestion
Au-delà des outils, la gestion par programme impose une véritable culture de la performance au sein de l’administration. Elle oblige à planifier, à prioriser, à évaluer et à rendre compte. C’est cette transformation silencieuse, mais profonde, qui fait aujourd’hui de la réforme budgétaire l’un des leviers majeurs de l’État performeur.
Le Bénin, l’un des meilleurs élèves de la sous-région
Quand la gestion par programme devient un marqueur de crédibilité budgétaire
Dans l’espace UEMOA, la gestion budgétaire par programme n’est plus une option : elle est une obligation communautaire. Mais entre l’adoption formelle des textes et leur mise en œuvre effective, les écarts sont parfois considérables. À ce jeu exigeant de la réforme budgétaire, le Bénin s’est progressivement imposé comme l’un des pays les plus avancés de la sous-région.
Une réforme menée avec constance et stabilité
Depuis l’entrée en vigueur des directives communautaires relatives aux lois de finances, le Bénin a fait le choix d’une application rigoureuse et progressive de la gestion par programme. Contrairement à certains États où la réforme est restée largement théorique, les autorités béninoises ont engagé un travail de fond : refonte de l’architecture budgétaire, clarification des programmes, responsabilisation des gestionnaires et renforcement des outils de suivi de la performance.
Cette constance dans l’effort explique aujourd’hui les résultats observés.
Une reconnaissance des partenaires techniques et financiers
Les évaluations régulières des partenaires techniques et financiers placent le Bénin parmi les pays les plus crédibles en matière de gouvernance budgétaire. Discipline dans l’exécution des dépenses, meilleure prévisibilité budgétaire, amélioration de la qualité de l’information financière : autant d’éléments qui renforcent la confiance des bailleurs et des investisseurs.
La gestion par programme, combinée à des outils structurants comme le Compte Unique du Trésor et la digitalisation de la chaîne de la dépense, a permis de réduire les pratiques opaques et d’améliorer l’efficacité globale de la gestion publique•
Wilfrid B. MONNOU ✍
