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Gestion par programme, moderniser l’action publique

 Gestion par programme, moderniser l’action publique

Visite du ministre conseiller Jacques Ayadji sur le chantier de construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale

Depuis l’entrée en vigueur du budget-programme, le Bénin a engagé une mutation silencieuse mais structurante de sa gestion des finances publiques. Il s’agit d’un basculement conceptuel : passer d’une logique de moyens à une logique de résultats. Au cœur de cette réforme, une interrogation centrale guide désormais l’action publique : quelle valeur réelle produit chaque franc CFA dépensé ?

La gestion axée sur les résultats (GAR), dont le budget-programme est l’instrument opérationnel, redéfinit le rôle de la dépense publique. Elle impose à l’administration non seulement de consommer des crédits, mais surtout de démontrer leur impact économique et social.

Du réflexe administratif à la logique de résultats

Historiquement, la gestion budgétaire reposait sur une logique administrative dominée par le respect des lignes de crédits. La performance se mesurait à la capacité d’exécution des dépenses. La réforme budgétaire engagée dans le cadre communautaire de l’UEMOA a profondément modifié ce paradigme.
Désormais, la loi de finances est élaborée, présentée et exécutée sur la base de programmes visant à atteindre des résultats objectivement vérifiables. Il constitue un domaine de responsabilité confié à un gestionnaire, sur une politique publique identifiée et sur les moyens budgétaires globalisés qui lui sont affectés.
Ce changement structurel permet d’améliorer la lisibilité de l’action publique, de renforcer la transparence budgétaire, d’instaurer une culture de performance et de responsabiliser les acteurs de la chaîne de dépense.

Prioriser pour mieux agir

La gestion par programme impose une hiérarchisation claire des priorités. Chaque programme doit être associé à des orientations stratégiques identifiées dans la planification nationale, notamment le Programme d’Action du Gouvernement (PAG) et les documents de cadrage à moyen terme.
Contrairement à l’ancien système où les crédits étaient fragmentés en une multitude de lignes budgétaires, les ressources sont désormais structurées autour de politiques publiques cohérentes. Un programme doit disposer de sa propre stratégie, être indépendant des autres, regrouper des activités formant un tout organique et reposer sur une chaîne de responsabilité sans ambiguïté.
Cette architecture permet d’éviter la dispersion des ressources et de concentrer l’effort budgétaire sur les actions à fort impact. L’allocation annuelle des crédits s’inscrit dans une logique pluriannuelle, assurant une meilleure articulation entre objectifs à court, moyen et long terme. La dépense publique devient ainsi un levier d’alignement stratégique, au service de la croissance et de la réduction de la pauvreté.
Une dépense liée à des résultats mesurables

L’innovation majeure réside dans le lien direct entre crédits alloués et résultats attendus. Les responsables de programmes ne sont plus évalués uniquement sur leur capacité à engager des dépenses, mais sur leur aptitude à atteindre des objectifs précis.
Les indicateurs de performance jouent un rôle central. Ils mesurent l’efficacité, l’efficience et, progressivement, la qualité du service rendu aux citoyens. Cette culture de l’évaluation transforme le pilotage budgétaire en un exercice de management public.
Pour assurer une meilleure lisibilité, chaque programme est décliné en actions, qui constituent le périmètre d’expression et de justification des crédits. Cette structuration graduelle permet de mieux calculer les coûts, d’analyser les performances et de relier chaque dépense à un résultat tangible.
Des secteurs transformés en profondeur

Dans les secteurs sociaux, l’impact est particulièrement visible. En santé, les budgets sont désormais rattachés à des objectifs mesurables : amélioration de l’accès aux soins, renforcement des plateaux techniques, extension de la couverture sanitaire. Dans le secteur de l’éducation, les crédits s’alignent sur des résultats tels que l’augmentation du taux de scolarisation, la réduction des abandons ou l’amélioration des acquis scolaires.
Dans les infrastructures, la réforme favorise une planification plus rigoureuse et un meilleur suivi des projets. La dépense d’investissement, longtemps vulnérable aux aléas de trésorerie, gagne en cohérence grâce à la programmation pluriannuelle. Les projets sont mieux définis, leurs coûts mieux maîtrisés et les risques de dépenses improductives réduits.
Cette transformation contribue à renforcer la crédibilité de l’État, tant vis-à-vis des citoyens que des partenaires techniques et financiers, qui attachent une importance croissante à la qualité de la gestion publique.

Une exécution plus disciplinée

La gestion par programme s’accompagne d’une modernisation de la chaîne de la dépense. L’encadrement des engagements est plus strict, le suivi de l’exécution budgétaire se fait en temps réel et la responsabilisation des gestionnaires est institutionnalisée.
Chaque programme est associé à une chaîne de responsabilité claire, avec une affectation du personnel cohérente et sans ambiguïté. Cette clarification des rôles limite les chevauchements et renforce l’obligation de rendre compte.
La discipline budgétaire qui en découle contribue à la soutenabilité des finances publiques. En limitant les dépenses hors priorités et en améliorant la qualité de la programmation, l’État béninois consolide sa trajectoire budgétaire et renforce sa crédibilité macroéconomique.

Vers une dépense publique plus stratégique

Au-delà des outils techniques, la réforme traduit une ambition plus large : faire de la dépense publique un instrument stratégique de développement. Le budget-programme aligne les ressources sur les priorités nationales, favorise une utilisation plus efficace et plus équitable des fonds publics et soutient la croissance inclusive.
Certes, des défis subsistent : qualité et fiabilité des indicateurs, renforcement des capacités techniques, appropriation culturelle de l’évaluation au sein de l’administration. Mais la dynamique est enclenchée•

Félicienne HOUESSOU ✍

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