Nigeria : la croissance ralentit légèrement, mais l’économie résiste
SEM Bola Ahmed Tinubu, Président de la République Fédérale du Nigeria
L’économie nigériane montre des signes de résilience, mais aussi d’essoufflement. Selon les dernières données publiées par le Bureau national des statistiques (NBS), la croissance du Produit intérieur brut (PIB) du Nigeria est passée de 4,07% au quatrième trimestre 2025 à 3,89% au premier trimestre 2026. Une baisse modérée qui traduit les fragilités persistantes de la première économie d’Afrique.
Malgré ce léger repli, la performance reste supérieure aux 3,13% enregistrés à la même période en 2025. Le gouvernement du président Bola Tinubu peut donc se prévaloir d’une économie toujours en expansion, soutenue notamment par les services, l’agriculture et certaines activités industrielles non pétrolières.
Le pétrole ne joue plus son rôle moteur
La principale explication du ralentissement vient du secteur pétrolier. Bien que le Nigeria ait amélioré sa production ces derniers mois, les performances du brut restent en dessous des attentes. La baisse relative des revenus pétroliers continue de limiter la capacité de l’État à financer pleinement ses ambitions budgétaires et sociales.
Le pays poursuit pourtant une série de réformes économiques majeures depuis 2023 : suppression des subventions sur les carburants, libéralisation du taux de change du naira, réforme fiscale et réduction progressive des dépenses publiques improductives. Ces mesures, défendues par l’exécutif comme un « reset économique », ont permis d’améliorer certains indicateurs macroéconomiques, mais elles ont aussi accentué le coût de la vie pour les ménages nigérians.
Le non-pétrolier devient stratégique
Un élément ressort néanmoins clairement : le Nigeria dépend de moins en moins du pétrole pour soutenir sa croissance. Les secteurs des télécommunications, du commerce, des services financiers et de l’agriculture gagnent progressivement du terrain dans la structure du PIB.
Cette évolution constitue une bonne nouvelle pour Abuja. Elle confirme une diversification progressive de l’économie dans un contexte mondial marqué par l’instabilité des prix des matières premières et les tensions géopolitiques. Les institutions financières internationales, dont la Banque mondiale et S&P Global Ratings, anticipent d’ailleurs une croissance supérieure à 4% sur les prochaines années si les réformes actuelles sont maintenues.
Une croissance encore insuffisante
Cependant, plusieurs défis demeurent. Avec plus de 220 millions d’habitants et une forte croissance démographique, le Nigeria a besoin d’un rythme de croissance beaucoup plus élevé pour réduire durablement le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales.
L’inflation reste élevée, les taux d’intérêt freinent l’investissement privé et le pouvoir d’achat des populations demeure sous pression. À cela s’ajoutent les enjeux sécuritaires dans certaines régions productrices ainsi que les difficultés d’accès à l’électricité et aux infrastructures logistiques.
Le ralentissement de 4,07% à 3,89% apparaît donc moins comme un accident conjoncturel que comme le reflet d’une économie en transition. Le Nigeria cherche encore le bon équilibre entre rigueur macroéconomique, réformes structurelles et impératif social.
Pour Nigeria, l’enjeu n’est plus seulement de croître, mais de transformer cette croissance en développement inclusif et durable.
Wilfrid B. MONNOU
