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UEMOA : une croissance robuste sous tension géopolitique

 UEMOA : une croissance robuste sous tension géopolitique

Siège de la BCEAO à Dakar au Sénégal

Entre résilience économique, désinflation et nouveaux risques mondiaux

 

L’économie de l’UEMOA continue d’afficher une résilience remarquable en ce début d’année 2026. Selon la dernière note de conjoncture de la BCEAO, la croissance économique de l’Union devrait se maintenir à 6,5% au premier trimestre 2026, confirmant ainsi la dynamique observée depuis plusieurs années dans l’espace communautaire.

 

Dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient, les fluctuations des matières premières et les prudences monétaires des grandes banques centrales, l’UEMOA apparaît comme l’un des pôles de stabilité économique du continent africain.

Une économie régionale portée par la demande intérieure

La solidité de la croissance régionale repose essentiellement sur le dynamisme du commerce, des services, de l’agriculture vivrière et des industries manufacturières. La BCEAO estime d’ailleurs que la croissance annuelle de l’Union atteindrait 6,7% en 2025 contre 6,2% en 2024

Les indicateurs sectoriels montrent toutefois une économie à plusieurs vitesses. La production industrielle a progressé de 8,1% en janvier 2026, soutenue principalement par les activités manufacturières.

En revanche, l’activité commerciale et les services marchands ont connu un ralentissement mensuel, signe que la consommation reste encore sensible aux incertitudes internationales et aux pressions sur le pouvoir d’achat.

Dans le secteur des BTP, plusieurs pays tirent clairement leur épingle du jeu. Le Bénin affiche l’une des meilleures performances régionales avec un indicateur d’activité largement supérieur à la moyenne de long terme, aux côtés du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.

Cette dynamique traduit la poursuite des grands projets d’infrastructures et l’importance croissante des investissements publics dans la stratégie de transformation économique des États.

Une inflation exceptionnellement faible

L’autre enseignement majeur de cette note réside dans le niveau historiquement faible de l’inflation dans l’Union.

Le taux d’inflation est ressorti à -0,1% en février 2026 après -0,5% le mois précédent.

Cette désinflation est principalement liée à la baisse des prix alimentaires et à l’amélioration des conditions d’approvisionnement. Pour plusieurs pays de l’Union, notamment le Niger, la Guinée-Bissau et le Bénin, les prix restent même en territoire négatif

Mais cette stabilité des prix pourrait être de courte durée. La BCEAO prévoit déjà un retour progressif de l’inflation dans les prochains mois, sous l’effet de la hausse des produits pétroliers liée à la crise au Moyen-Orient.

Les tensions sécuritaires dans certaines zones de l’Union continuent également de perturber les circuits de distribution alimentaire.

Une BCEAO plus accommodante

Face au ralentissement de l’inflation, la BCEAO a décidé d’assouplir sa politique monétaire en abaissant son principal taux directeur à 3,00

L’objectif est clair : soutenir l’investissement, renforcer la liquidité bancaire et maintenir la dynamique de croissance régionale.

Les marchés monétaires ont immédiatement réagi avec une baisse des taux interbancaires. Toutefois, les banques commerciales maintiennent encore des taux de crédit relativement élevés pour les entreprises et les ménages, limitant partiellement l’impact de cet assouplissement sur l’économie réelle.

Une BRVM en pleine euphorie

Le marché financier régional continue, lui aussi, d’afficher une santé remarquable. La BRVM a enregistré une progression spectaculaire de ses indices :

+36,1% pour le BRVM Composite en glissement annuel ;

+27,8% pour la capitalisation boursière totale.

Cette performance traduit une confiance accrue des investisseurs dans les perspectives économiques régionales.

Parallèlement, les États membres ont continué à mobiliser massivement des ressources sur le marché régional des titres publics et sur les marchés internationaux. La Côte d’Ivoire a notamment levé 1,3 milliard de dollars à travers une émission d’euro-obligations de 15 ans.

Une résilience encore fragile

Malgré ces signaux positifs, plusieurs vulnérabilités demeurent.

La chute des cours du cacao, du coton et du café fragilise les économies exportatrices de l’Union.

Les tensions géopolitiques mondiales exercent également une pression croissante sur les prix énergétiques et les chaînes logistiques.

Enfin, la question sécuritaire reste un défi majeur pour plusieurs États de l’espace communautaire.

L’UEMOA confirme néanmoins sa capacité de résistance dans un environnement mondial instable. Le véritable défi des prochaines années sera désormais de transformer cette forte croissance en industrialisation durable, en emplois massifs et en souveraineté économique régionale, conformément au discours actuelle sur l’industrialisation des économies. Wait and see.

Wilfrid B. MONNOU ✍

Marketis

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